35 heures de travelling de Hanoi à Saigon dans un espace exigu, invite à poser les valises du temps de l’horloge et à remplir celles de l’imagination et de la mémoire.
Bercée puis secouée par la partition des rails, l’odyssée s’évanouit dans le cognement des flux. Quand le passage du chariot de ravitaillement s’éloigne, c’est la cadence du chef de cabine et des habitants qui reprend ses droits.
Équilibre des corps dans le corridor, plan séquence découpé, le paysage nous aspire et nous bouscule.
Une petite fille, ayant posé la paume de la main sur la vitre, semble retenir l’instant présent; une femme, peuplée des métamorphoses en cours, chante l’oubli.
Des particules de terre et de mer pénètrent dans notre coquille d’acier.
Myriades de bleus et pixels symphoniques allument les montagnes.
Carroussel de verts aux sommets.
Les intensités sauvages de la pénombre nous accompagnent.